Le tulle, un textile de volumes et détails

Afin de continuer la série d’articles sur les textiles, après les différents types de fibres, la fabrication des textiles tissés et tricotés et l’article sur la broderie; voici un article discutant de l’origine et la fabrication du tulle.

Définition:

Pour commencer, le tulle est un tissu transparent, léger, vaporeux. Il est formé d’un réseau de mailles lâches, rondes, carrées ou polygonales (cnrtl). Ce textile est composé par des fibres de différentes matières (lin, coton, soie, laine et fibres synthétiques).

C’est une imitation de broderie avec un fond sur lequel on va créer un motif à l’aiguille.

Origines:

Il est d’origine anglaise, il porte le nom d’une ville française située dans le Limousin. En fait, ce textile a un motif proche d’un type de guipure que l’on fabriquait, à l’époque de Louis XIV, avec le point de tulle: la dentelle de tulle (instantprecieux).

Invention des métiers à tisser le tulle:

A l’origine il était fabriqué à la main, puis deux hommes, Frost et Holmes en 1777, en Angleterre, ont mis au point un métier permettant de faciliter sa fabrication.

Puis, toujours en Angleterre, en 1808 John Heathcoat perfectionne le métier à tisser du tulle, ce métier permet de fabriquer un textile plus solide. C’est le tulle bobin (aussi appelé ordinaire). De plus, le métier bobin permet un tissage noué, solide et souple (Sophie Hallette). Finalement, en 1813, John Leavers met au point un système inspiré du métier bobin et du métier à jacquard qui permet de produire en même temps la base du textile et la fantaisie (rochefortenhistoire).

A la fin du XVIIIème siècle, les métiers à tisser le tulle arrivent en France. Cependant, le tulle français est de moins bonne qualité que l’anglais. Donc, pour soutenir les producteurs nationaux, Napoléon fait interdire l’importation en 1802.

Les différents types de tulles:

Il existe différents types de tulles:

Le tulles de Bruxelles: Il est formé de mailles carrées.

Le tulle point de filet: C’est l’ancêtre du tulle, il était fabriqué à la main par les Egyptiens. Les mailles sont carrées comme celui de Bruxelles mais beaucoup plus larges.

Le tulle bobin ou ordinaire: Il est fabriqué à la verticale. Il est constitué d’un fil de chaîne verticale et de deux fils de trames en oblique qui se croisent et se tordent autour du fil de chaîne. Il est composé de mailles hexagonales ou arrondies.

Tulle bobin
Représentation schématique du tissage du tulle bobin (ou ordinaire). En rose, le fil de chaîne et en bleu et gris les deux fils de trame. Ce schéma permet également de mettre en évidence la forme des mailles rondes qui créent l’élasticité du textile.

Le tulle grenadine: Il est composé de grenadine de soie. C’est un fil de soie rare et luxueux, fabriqué uniquement en Italie. Il est très élastique.

Le tulle illusion: C’est une imitation du tulle grenadine en polyester, il est plus fin, moins lourd.

Le tulle de maline: Il est formé de mailles hexagonales et allongées. Il est réputé pour ses motifs de fleurs et végétaux.

Le tulle de Valenciennes, Calais, Chantilly, Alençon: Ils reproduisent les dentelles caractéristiques de ces villes.

Le tulle grec: C’est le plus épais avec des mailles très larges.

Le tulle point d’esprit: Il est composé d’un motif de plumes.

Le tulle Tosca: C’est une maille circulaire

Le tulle robe de bal: Il est plus fin que le Tosca.

Le tulle zéphyr: C’est le plus fin.

Utilisation du tulle:

En fait, il permet de donner du volumes aux vêtements, il est très utilisé pour les jupons, pour créer le volume des robes de mariées. Il ne se porte pas sur la peau car il est désagréable (bluemarguerite).

C’est un tissu très élastique. C’est pour cela que les professionnels l’achètent au nombre de mailles et pas au mètre comme les particuliers.

Étapes de fabrication du tulle:

La fabrication du tulle requiert différentes étapes (Sophie Hallette), ici simplifiées:

  1. Trouver l’inspiration du motif à créer.
  2. Transcrire le dessin sur un papier millimétré puis sur un carton qui guidera le métier à tisser. Il n’y a pas de retour en arrière possible pour le fil.
  3. Préparer le métier à tisser: le tulliste gère les métier à tisser , des personnes vont préparer le métier à tisser, retirer les fils inutilisés des bobines, déposer les nouveaux fils sur les bobines, préparer le métier avant la mise en action
  4. Vérifier le textile, les défauts
  5. Réparer si besoin
  6. Teindre le textile

Conclusion

En conclusion, le tulle est un textile créé au XVIIIème siècle, sa fabrication a été rapidement automatisée et améliorée. C’est un textiles fin, ajouré, transparent. Il n’est pas utilisé pour créer un vêtement qui sera porté sur la peau mais pour créer du volume ou des détails (fleurs sur les robes, drapé des robe….); il est aujourd’hui encore très utilisé pour les robes de mariées.

Les fibres textiles naturelles et chimiques

Voici un nouvel article de la série sur les textiles. Après celui sur la fabrication des textiles tissés ou tricotés (que vous pouvez lire ici) et celui sur la broderie. Voici un article centré sur les origines et la fabrication des fibres textiles naturelles et chimiques les plus communes.

Les textiles sont fabriqués à partir de différents types de fibres: les fibres naturelles (animales ou végétales) et les fibres chimiques (fibres artificielles ou synthétiques). Je vous présente dans cet article ces différents types de fibres afin de vous puissiez mieux comprendre de quoi est composé votre textile lors de votre prochain achat. Je décrirai dans cet article les fibres que l’on peut retrouver dans les textiles d’habillement et parfois d’accessoires.

fibres textiles naturelles et chimiques
Exemple de fibres textiles naturelles et chimiques: en haut jean, mélange de fibres naturelles végétales: le coton et de fibres chimiques synthétiques : l’élasthanne. En dessous mélange de fibres naturelles végétales: le lin et de fibres chimiques artificielles: la viscose, en bas à gauche fibres chimiques synthétiques: le polyester et en bas à droite: 100% fibres naturelles végétales: le coton.

Les fibres textiles naturelles

Les fibres animales

Elles sont composées de protéines particulières. Il existes les soies, les fibres produites à partir de poils, fourrures ou laines et les plumes. Les plus utilisées sont: les laines de mouton, les soies issues du ver à soie et le mohair de la chèvre angora (nrgaia).

La soie

La plus connue est fabriquée à partir de cocons des larves de ver à soie Bombyx mori. Les vers sont élevés en captivité (sériculture). La soie est une fibre de 5 à 10µm (1/10000 de cm). La soie est appréciée car elle reflète la lumière grâce à la structure de sa fibre (prisme triangulaire dans sa structure transversale).

La laine

La laine est dérivée de la fourrure des animaux, principalement des moutons, des chèvres, des alpagas et des lapins.

L’alpaca vient de l’alpaga. Cet animal vit principalement dans les Andes mais aussi en Amérique du Nord, en Europe et en Australie. C’est une laine chaude, légère, douce et brillante. Elle est luxueuse et de haute qualité. On en produit 5000 tonnes/an.

L’angora est produit à partir du duvet du lapin angora, elle est douce.

Le cachemire vient de la chèvre cachemire. Cette fibre est douce, très légère, très chaude et luxueuse. On en produit 15000 tonnes/an.

Le mohair est fabriqué à partir des cheveux de la chèvre angora originaire de Turquie. Cette laine est reconnue pour sa brillance. Elle permet de garder le corps au chaud en hiver et de garder la fraîcheur en été. On en produit 20000 tonnes/an.

La laine de mouton peut être en fonction du diamètre de la fibre fine et douce ou plus grossière. La laine plus grossière a tendance à moins boulocher. Cette fibre a connu un réel succès grâce à sa résistance et à son élasticité. La tonte des moutons se fait une fois par an. La laine est ensuite lavée, séchée, cardée, peignée et filée. Il existe 4 sortes de laines (majeloc):

  1. de tonte: animaux vivants et sains
  2. d’agneau: vient de la première tonte: fibres fines et peu résistantes
  3. de délainage: animaux abattus et qualité moyenne
  4. de renaissance: récupérée de restes de laine et vieux vêtements

Les fibres végétales

Le coton

Le mot coton vient de l’arabe Al kutun qui a donné le mot algodon en espagnol. Les cotonniers sont des arbustes de 80 cm à 2m de hauteur. La longueur de la fibre ainsi que sa qualité dépend de l’espèce. Au milieu des années 90 les premières variétés génétiquement modifiées (OGM) ont été créées, elles permettent de mieux résister aux insectes. Depuis 2012, 50% des cotonniers cultivés sont des OGM (encyclopédie Universalis). Il existe une trentaine d’espèces sauvages mais seulement 4 sont cultivées. La production en Inde a débuté 3000 ans av. JC puis en Amérique du Sud et en Europe.

Au XIV ième siècle il existe une industrie cotonnière en Europe à Bruges, Gand et Barcelone. Les cotonnades seront les premiers tissus imprimés. Le coton est un produit de luxe en Europe au XVII ième siècle. Cependant, l’engouement pour le coton a poussé à une production de plus en plus massive, à l’utilisation intense de pesticides, d’engrais et la culture du coton nécessite une importante irrigation. Cette culture a conduit à la destruction du lac d’Arval en Asie centrale. Cette fibre est très utilisée, son exploitation est peu écologique. Il existe aussi des champs de culture biologique (jussieu).

Le lin

Il existe des centaines de variétés mais seulement 4 sont cultivées. Pour conserver les fibres cette plante n’est pas coupée mais arrachée. Cette fibre possède de nombreux avantages environnementaux. Il existe des champs de culture et des usines de transformation dans le nord de la France. Cette plante nécessite 5 fois moins d’engrais et pesticides que le coton. Il existe des champs de culture biologique. De plus tous les sous-produits de cette plante sont utilisés (la pulpe pour faire le papier des dollars, les graines pour l’alimentation, l’huile pour l’alimentation, la cosmétique…). Les fibres de lin permettent de réguler la température du corps (chaud en hiver, refroidissant et respirant en été). Cette fibre est naturellement anti-allergique et anti-bactérienne. Cette fibre est écologique (ecoconso).

Cependant on peut traiter le lin avec des produits chimiques pour éviter le froissement (jussieu).

Le chanvre

Cette plante (Cannabis saliva) provient des régions équatoriales, elle possède une croissance rapide et ne nécessite pas de pesticides ainsi que très peu de fertilisants. Sa culture est facile mais sa transformation est plus difficile. La France est le producteur numéro 1 de l’Europe. Cette fibre est connue pour être inusable, anti-bactérienne, isolante (ecoconso).

Le jute

Cette fibre est robuste, sa production nécessite beaucoup de main d’œuvre, elle est gourmande en pesticides et engrais. Cette fibre est principalement utilisée pour fabriquer des sacs solides.

Les fibres textiles chimiques

Les fibres artificielles

Ces fibres sont produites à partir de ressources naturelles: la cellulose. Mais afin de les obtenir il faut avoir recours à des procédés chimiques. Ces fibres sont la viscose, le lyocell, le modal, le bambou et le maïs. Ce fibres peuvent être renouvelables mais ne sont pas forcément locales, elles nécessitent beaucoup d’eau et de solvants (ecoconso). Je développerais les cas les plus connus: la viscose et le bambou.

La viscose

Cette fibre est produite à partir de cellulose de bois extraite chimiquement. La cellulose de bois est transformée par de la soude qui rompt les liaisons hydrogène et des étirements mécaniques qui permettent de fabriquer la fibre. Cette matière est polluante à cause des déchets chimiques nécessaires pour la produire (jussieu).

Le bambou

C’est une fibre légère, solide, douce et anti-bactérienne. Cette fibre est de qualité et la production se fait à faible coût. L’exploitation du bambou peut être biologique car cette plante ne nécessite ni engrais ni pesticides. Elle préserve les sols, elle produit 35% d’oxygène de plus qu’un arbre classique. Cependant, la fibre est obtenue après une transformation chimique. Le bambou est réduit en poudre, la cellulose est extraite par un mélange chimique contenant du sulfate de soude, de l’acide citrique et de dissulfure de carbone. Ces produits chimiques sont polluants, notamment le dissulfure de carbone qui pollue l’eau (wedressfair).

Les fibres synthétiques

Elles sont dérivées de la pétrochimie. Il y a par exemple le polyester, le nylon, l’acrylique, l’élasthanne. Voyons plus particulièrement le cas de l’élasthanne.

L’élasthanne:

Cette fibre est dérivée du pétrole. Elle est composée à 85% de polyuréthane segmentaire qui permet sa solidité et son élasticité. Le premier fil a été réalisé en 1953. Cette fibre souple, légère est grandement utilisée depuis sa création afin de rendre les vêtements plus confortables. Il a été montré qu’au lavage cette fibre relâche des micro-fibres dans les eaux usées et donc les océans (wedressfair).

Faire un choix

Ce n’est pas facile de trouver un textile qui ne possède que des avantages écologiques. La meilleure solution serait de porter majoritairement du lin mais cette matière ne se trouve pas facilement dans les textiles d’habillement selon les coloris et motifs que l’on recherche. L’élasthanne qui est un composant du textile que l’on recherche tous pour notre confort fait partie des fibres les plus polluantes. La transformation des laines ne semble pas avoir d’impact écologique élevé, cependant l’élevage des animaux est coûteux en eau et énergie et les conditions d’élevage et de tonte sont connues pour ne pas être toujours éthiques.

Ce que nous pouvons faire est de toujours vérifier s’il existe une solution plus écologique, choisir un maximum de textiles issus de l’agriculture biologique et favoriser les textiles qui sont produits en France ou en Europe afin de réduire l’impact environnemental dû aux transports.

Les textiles tissés et tricotés

Il existe différentes manières de fabriquer un textile. La fabrication du textile a un impact sur son aspect physique, le toucher et son élasticité. Les textiles peuvent être fabriqués de différentes façons. Je présenterai premièrement les textiles tissés puis les textiles tricotés.

Les textiles tissés

Les textiles tissés sont obtenus par l’entrecroisement perpendiculaire du fil de chaîne et du fil de trame. Au début de la création des textiles, le tissage était réalisé à la main. Aujourd’hui, afin de faire face à la demande importante, les tissages sont réalisés par des métiers à tisser mécaniques. Le fil de chaîne est celui sur la longueur du tissu alors que le fil de trame est dans la largeur du tissu. Ainsi, c’est une navette à laquelle est attachée le fil de trame qui permettra de le faire passer perpendiculairement au fil de chaîne. Le type de tissage va permettre de créer différents entrecroisement et donc différentes armures.

L’armure toile:

Tout d’abord, l’armure toile: c’est celle de base, le croisement est une simple alternance du fil de chaîne et du fil de trame. Ces tissus sont simples à produire. Il sont solides.

Textiles tissés armure toile
Schéma représentant l’armure toile.

L’armure sergée:

Il existe aussi l’amure sergée, le fil de chaîne passe au-dessus et en-dessous de plusieurs fils de trame. Il existe un décalage à chaque croisement d’un fil vers la gauche ou vers la droite, cela crée une diagonale. C’est dans cette armure que sont créés les jeans.

Textiles tissés armure sergée
Schéma représentant l’armure sergée. La diagonale créée par le tissage est représentée avec la ligne en pointillés

Ce type d’entrecroisement rend le tissu plus souple et ce dernier se froisse moins. Cependant, le fait qu’il y ait moins de croisements (décalage de croisement de un à chaque fois) fait que celui-ci est plus fragile (à titrage identique) que l’armure toile.

L’armure sergée n’est pas utilisée que pour faire des jeans. Ces tissus sont souvent épais, avec un tombé assez lourd. On peut les utiliser pour faire des jupes droites, des shorts, des pantalons ou des vestes.

L’armure satin:

Enfin, l’armure satin: le fil de chaîne passe au-dessus de 4 fils de trame. Le tissage en armure satin le rend plus fragile. Ces tissus sont souples. Ils sont brillants sur l’endroit et mats sur l’envers.

Textiles tissés armure satin
Schéma représentant le tissage de l’armure satin

Les textiles tricotés

Une autre technique pour fabriquer un textile est le tricot. Un fil unique forme les mailles du tricot. Ainsi, le tricot est défini par le nombre de mailles et de rangs. Le textile tricoté peut être réalisé à la main avec des aiguilles à tricoter ou de façon plus industrielle avec des machines à tricoter.

Ce dernier permet de créer un textile souple et extensible même si le fil tricoté n’a pas ces propriétés.

Par ailleurs, dans le cas du tricot; la jauge permet de mesurer la finesse du tricot. Plus elle est élevée plus le tricot est fin.

Le tricot par maille cueillies (classique)

Celui-ci est fait à l’horizontale et si une maille casse, le textile peut filer.

Le tricot par mailles jetées

Dans ce cas, il est composé de plusieurs fils et si une maille casse, il ne file pas. L’industrie textile, utilise ces mailles pour faire des tee-shirt, des sous vêtements…

Grâce à cette technique, il est possible de créer des motifs en relief par le tricot.

De plus, le tricot permet de créer les formes du vêtement directement (ce qui n’est pas possible avec le tissage), il est possible de créer des tricots tubulaires. Ces tricots peuvent être utilisés pour du bord côté, des tee-shirts. Cela permet de réduire le temps de couture.

Conclusion

D’autres paramètres vont définir un tissu: sa composition (fibres naturelles ou synthétiques), la densité du tissu (nombre de fils de chaîne au cm, grosseurs des fils). D’autres techniques permettent de fabriquer des textiles comme la dentelle, le tulle, les textiles non tissés.

En conclusion, le tissage permet de créer des textiles ayant différentes armures qui donnera un aspect différent au tissu et jouera sur sa qualité. Les propriétés du tissu dépendront du fil utilisé. Alors que pour le tricot, l’élasticité ne dépend pas du fil utilisé.

Il faudra donc en fonction de votre projet couture choisir le bon textile. Vous pouvez également lire cet article: Choisir le bon tissu.